Film queer, film jeune, film arty, 24 heures à New York a raflé un prix d’interprétation à Sundance ainsi qu’un prix du Meilleur film à la Berlinale 2023, de quoi attirer notre attention sur ce long-métrage indépendant en provenance des États-Unis. Et ça tombe bien, puisqu’il est sorti le 20 février en format physique…

La folle journée de Feña

Feña (Lio Mehiel), jeune homme trans, vit tranquillement à New-York. Tranquillement ? Au moins jusqu’à la réapparition consécutive de son ex-copain, de sa sœur et de son père, le tout durant la même journée. Trois relations éclipsées par sa transitude, qu’il va falloir à nouveau affronter avec plus ou moins de facilité au cours d’une longue,  très longue journée.

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Le jeune réalisateur Vuk Lungulov-Klotz injecte dans ce long-métrage beaucoup de son être, en particulier dans le constant “entre-deux” dans lequel sont enfermés les protagonistes de 24 heures à New York. Un entre-deux de genre, d’orientation sexuelle mais aussi de nationalité, qu’il partage entièrement avec Feña. Un entre-deux qui peut s’avérer accablant lorsqu’il s’agit de conjuguer un soi-passé et un soi-présent difficilement miscible. Il s’attaque donc avec 24 heures à New York à construire ce récit puissant, où la transidentité n’est ni un arrière-plan lointain, ni l’unique caractérisation de son personnage. Et selon ses propres mots : “l’idée de «trans-ness» de notre protagoniste se trouve éclipsée par sa pure humanité. Cette capacité à rencontrer les gens là où ils sont, à un niveau humain, touche directement au cœur et, nous l’espérons, touchera tout aussi profondément le cœur de notre public”.

Film écrin

Et ce qui frappe en premier devant 24 heures à New-York, c’est la beauté plastique du long-métrage. Le carcan du format quatre tiers sied particulièrement bien au film, qui y déploie une photographie léchée. Segments nocturnes, lumières rasantes, travail sur la granulosité des peaux, la caméra de Vuk Lungulov-Klotz offre au spectateur un film irréprochable formellement.

Mieux encore, un travail méticuleux des cadres va permettre au réalisateur de constamment rendre signifiante l’image qu’il crée, en isolant ou rapprochant ses personnages. Entre surcadrages et exclusion dans les marges de l’image, il va expliciter les relations inter-personnages, de manière plus ou moins fine. Et nous arrivons peut-être là au talon d’Achille de ce long-métrage.

En effet, Lungulov-Klotz prend le net parti-pris de la pure monstration. “J’ai conscience que les transformations physiques et mentales que la transition de genre implique peuvent sembler extrêmement lointaines pour certains”, reconnaît-il, et c’est sans doute pour cela qu’il choisit de représenter frontalement le corps en transition, un choix sans le moindre doute judicieux pour dé-tabouiser la question auprès d’un public potentiellement néophyte. Le problème réside dans le fait que 24 heures à New York tombe parfois dans la pure démonstration théorique et en oublie Feña, son personnage principal…

En résulte plusieurs segments redondants et une poignée de passages obligés fort attendus, qui finissent par enliser un film dont le ton et le rythme réjouissaient pourtant. Si ces passages sont toujours emprunts d’une pédagogie bienvenue, ils alourdissent malheureusement le visionnage et ne font qu’appuyer des points que le long-métrage avait pourtant déjà subtilement insinué de lui-même. Et c’est bien dommage…

Verdict ?

24 heures à New York vaut largement le détour, ne serait-ce que pour faire un peu mieux comprendre la transidentité à son public. Pédagogique, certes parfois à l’excès, il a pour lui sa fraîcheur et son travail formel constamment minutieux et mémorable. Ajoutons encore que la prestation de Lio Mehiel est remarquable, et qu’on se réjouit de son rôle à venir dans In the Summers… Un film à rattraper d’ores et déjà sur support physique !

Fiche technique

DVD Zone B (France)
Éditeur : Blaq Out
Durée : 84 min
Date de sortie : 20 février 2024

Format vidéo : 576p/25 – 1.37
Bande-son : Anglais Dolby Digital 5.1 (et 2.0)
Sous-titres : Français

24 heures à New York

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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