Après Deux minutes plus tard, le réalisateur japonais Junta Yamaguchi nous revient pour un projet gémellaire plus sobrement intitulé River. Présenté au NIFFF dans la section Ultra Movies, il est grand temps de savoir si River est dans le flow du précédent long-métrage ou s’il fait juste un gros flop ?

NIFFF

Passion boucles temporelles

Avec son premier long-métrage, Yamaguchi nous avait prouvé qu’on pouvait réaliser un film de qualité, distribué (et remarqué !) à l’internationale avec trois fois rien comme budget (en l’occurrence moins de 20’000 $). Évidemment, la question de la suite de carrière se posait : comment se renouveler après une telle réalisation ? Et la réponse se trouve dans River, présenté en avant-première au NIFFF.

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Perdu dans un petit village japonais, un hôtel accolé à un centre de bien-être se trouve piégé dans une boucle temporelle. Mais exit la durée journalière dépeinte dans Un jour sans fin, ici tout recommence après seulement… deux minutes ! Et toute la galerie de personnages de se retrouver bouleversée par cette étrange distorsion de l’espace-temps.

Film carencé

Évacuons d’emblée les problèmes liés à ce film, qui sont en quelques mots les mêmes reproches que l’on pouvait imputer à Deux minutes plus tard : un filmage laissant à désirer, pas forcément à la hauteur de l’ambition formelle du réalisateur (un enchaînement de plans-séquences de deux minutes avec une caméra collant aux corps des comédiens). Les problèmes de saccades, la stabilisation numérique visible, une photographie douteuse passée au filtre diffusant et un ventre mou au moment de la répétition des escapades du petit couple…

Des tares pas anecdotiques donc, mais que River parvient avec brio à occulter par la force de son dispositif – cette boucle temporelle filmée en plan-séquence en revenant, à chaque fois, au même point centré sur la même actrice. Diablement rythmé, le film déploie un inventaire d’idées truculentes évitant au spectateur de ressentir ce qu’est pourtant le long-métrage dans son cœur : une répétition constante.

Bouclage terminé

Et pour l’expliquer, il est impossible de ne pas évoquer la spatialisation dingue du long-métrage. River se concentre en effet dans un hôtel-wellness-resort pour gens fortunés aux couloirs diablement imbriqués, mêlant escaliers à gogo, pièces disséminées et enfilades dérobées. Et pourtant, en quelques tours de caméra, le réalisateur parvient à faire comprendre toute l’architecture de ce bâtiment à son spectateur. Un tour de force qui permet d’attribuer à chaque zone spatiale son résident (qui y revient donc à chaque début de boucle) et rend le récit incroyablement facile à suivre.

Mieux encore, River se joue totalement des attentes du spectateur et assume totalement son envie d’explorer son histoire de boucle sans back-up scénaristique sous-jacent. En effet, si l’on voit débarquer un deus ex machina énorme comme une maison, c’est au final pour en utiliser un plus gros encore par la suite, de manière complètement décomplexée. La confirmation, s’il le fallait, que River est juste le trip d’un réalisateur désargenté souhaitant (encore) décrire son histoire de voyage temporel. Et dieu sait s’il le fait bien !

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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