Film rare, longtemps invisible, Le Terroriste de Gianfranco De Bosio ressurgit aujourd’hui dans une splendide restauration signée Rimini. Outre la redécouverte patrimoniale, c’est l’esquisse d’un regard frontal et nuancé sur ce que signifie résister — et sur le prix à payer quand l’éthique, la politique et la violence se croisent dans le feu de l’Histoire. Derrière son apparente austérité, ce drame tend un miroir à nos illusions sur l’héroïsme et résonne fortement avec notre actualité !

Ingénieur de résistance ?

“L’Ingénieur” (Gian Maria Volonté), le surnom d’un intellectuel communiste devenu combattant de la Résistance à Venise, est chargé d’organiser un attentat contre les forces allemandes. Si l’opération est un succès militaire, elle a un coût moral : des civils meurent, ses proches s’éloignent, et le sens de son combat s’effrite peu à peu. Ses fréquentations, de différents bords politiques, tissent un réseau de résistants plus ou moins convaincus, tous rongés de mille considérations pratiques et morales. Entre clandestinité, culpabilité et conflits idéologiques, “L’Ingénieur” découvre que la lutte n’est pas seulement orientée contre l’ennemi, mais également contre lui-même.

De Bosio n’idéalise jamais son protagoniste. Dans une Italie livrée au chaos, Renato (alias l’Ingénieur) apparaît moins comme un héros que comme un homme broyé par ses propres idéaux. Il agit, mais doute sans cesse ; il frappe, mais vacille. La caméra, sobre et retenue, épouse cette tension intérieure : les scènes d’action sont rares, presque étouffées, comme si la violence était déjà – en soi – une défaite. Cette ville de Venise, drapée de noir et blanc, devient un théâtre spectral, presque lugubre. Exit la touristique et romantique “Cité des Masques”, Venise devient la cité des ombres, où chaque ruelle cache une trahison possible. La lumière n’éclaire pas, elle ne fait que troubler l’ambiguïté morale qui macule chacun des protagonistes de ce long-métrage.

Héros sans légende

De Bosio dresse le portrait d’une figure rare dans le cinéma de guerre : celle du résistant dont l’engagement finit par le vider lui-même, ne laissant qu’un corps, exsangue, largué sur le rivage d’une guerre qui n’était pas la sienne. En refusant toute glorification, Le Terroriste questionne la mémoire nationale italienne. À qui revient la victoire quand les moyens ont sali les mains de ceux qui l’ont portée ? Le film se permet une réponse : à personne, ou du moins pas sans perte. C’est dans cette solitude tragique que réside la force du récit. Le terroriste du titre n’est ni un monstre ni un martyr, mais un homme nu devant son propre abîme. Son silence final en dit long sur le prix du choix. Le film ne cherche pas à juger, mais à faire ressentir : l’effondrement intérieur derrière le fracas des bombes.

Discret mais redoutable, à première vue austère mais immédiatement prenant, Le Terroriste se place à la croisée du drame intime et du cinéma politique. Un long-métrage qui refuse la posture, préfère constamment le trouble à la certitude, l’humain à la statue. Restauré et enfin accessible dans une belle édition chez Rimini*, il offre une plongée rare dans les dilemmes de la Résistance, mais aussi dans les démons qui hantent encore l’Italie de l’après-guerre…

* Le combo DVD/Blu-ray s'accompagne d'un livret de 32 pages ainsi que de nombreux bonus vidéo, dont deux entretiens avec Me Stefano de Bosio, avocat et fils du réalisateur (2024, 44’) et avec Daniel Currò, ancienne conservatrice de la Cinémathèque Italienne.

 Fiche technique

Blu-ray Région B (France)
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 95 min
Date de sortie : 04 juin 2025

Format vidéo :  1080p/24 – 1.66
Bande-son : Italien et Français DTS-HD MA 2.0
Sous-titres : Français

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Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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