Cher Michael,

Voilà déjà 20 ans que je suis tes aventures. Je me souviens de notre première rencontre au détour du rayon horreur du vidéoclub. J’avais loué le film de Carpenter, tu sais celui qui relate tes premiers exploits ! La bande de la VHS était si usée que l’image tremblotante était constellée de parasites et de brûlures, de quoi filer une syncope au loup celeste de MaG. Je me rappelle qu’à l’époque tu passais beaucoup de temps hors-champ à te cacher dans les bosquets, derrière un tronc d’arbre voire dans une garde-robe, entre les manteaux et les écharpes. Qu’est-ce que tu me faisais peur !

Les moments où je savais que tu étais là quelque part dans la maison mais pas le personnage à l’écran. C’est ça qui me fichait la trouille, le fait d’avoir une information en tant que spectateur que tes malheureuses victimes n’avaient pas. Tu étais si discret, le roi de l’embuscade et rares sont ceux qui parvenaient à survivre à ta rencontre. Mais cessons de resasser le passé… Aujourd’hui je suis allé au cinéma voir Halloween Kills, réalisé par David Gordon Green, l’homme aux commandes de cette nouvelle trilogie qui relate un arc alternatif dans lequel seul ton coming-out de 1978 se serait produit. Michael, il faut qu’on parle.

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''Let it burn!''

Halloween (2018) proposait une idée osée : faire table rase de tous les opus suivant le Halloween original de 1978 et camper l’action 40 ans plus tard. Ce petit tour de passe-passe a un nom : la continuité rétroactive. On nous présentait une Laurie Strode (Jamie Lee Curtis) survivaliste et paranoïaque, encore profondément traumatisée par cette nuit de terreur. Désormais grand-mère, elle s’était préparée toutes ces années durant à un éventuel retour du croquemitaine, s’entraînant au maniement des armes à feu et allant jusqu’à piéger sa propre demeure, sorte de château fort imprenable. Évidemment Michael finissait par s’échapper de l’asile, replongeant Laurie mais aussi les deux dernières générations Strode dans le cauchemar. On prenait du plaisir à suivre ces héroïnes déterminées et cette suite/reboot s’avérait sympathique même si clairement le potentiel narratif était gâché. Halloween Kills  en est la suite directe.

N’y allons pas par quatre chemins : cette continuation de l’histoire est médiocre. Si les 20 premières minutes laissent miroiter un certain potentiel, le soufflet retombe très vite. La faute surtout à un casting de personnages aux comportements absolument incohérents. Attention je ne vous parle pas du classique « NE VA PAS PAR LÀ ! » que tout amateur de slasher  a pu crier à l’attention d’une victime en puissance qui choisissait de descendre seule à la cave. Non là je vous parle du niveau supérieur. Celui où les réactions des protagonistes ne font aucun sens, comme s’ils n’avaient pas une once d’instinct de survie. À ce stade on pourrait presque parler de tendance suicidaire. Du genre à s’enfermer volontairement avec le meurtrier pour lui régler son compte ou encore se jeter sur lui avec une batte de base-ball alors que tous savent pertinemment qu’il n’est pas humain. Jamais de mémoire je n’avais assisté à des choix si incongrus, à une idiotie si profonde de la part de ces pauvres énergumènes, finalement juste là pour servir de carburant à scénettes « choc ». Attendez-vous à voir Michael Myers dézinguer ces sacs à viande, parfois carrément à la chaîne façon beat ’em up, mention spéciale à cet instant invraisemblable où 20 personnes lui tombent dessus pour en définitive toutes se faire massacrer une par une. Je pense par ailleurs à ce passage ridicule dans l’hôpital où une foule de rednecks pourchasse à tort un handicapé mental en croyant poursuivre le tueur pour le lyncher. Tous se rentrent dedans, se frappent, se bousculent comme des pro-Trump au Capitole avant de réaliser après que le bougre se soit suicidé que « Michael Myers fait de nous des animaux et nous rend méchants ». Ah oui quand même.

''Death has come to your little town, Sheriff."

Gardons sous silence la scène finale et son dénouement saugrenu qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Halloween Kills est un peu l’enfant ingrat de cette nouvelle trilogie moderne et on sent que le réalisateur en garde sous le coude pour l’ultime Halloween Ends prévu pour l’automne 2022. En attendant on se retrouve face à un film d’horreur qui nous désole plus qu’il ne nous angoisse. D’ailleurs on ne voit quasiment pas Jamie Lee Curtis. Sans elle et donc sans la question de ses démons intérieurs, on ne sait à vrai dire plus vraiment quel est le propos global. Ah oui Halloween tue. Ça vous en aurez pour votre argent, l’hémoglobine coule à flots noirâtres et les meurtres sont très violents. Mais comment ressentir la moindre empathie envers ces coquilles vides ? On a également du mal à comprendre ce choix de David Gordon de faire revenir autant d’anciens rôles de Halloween (1978) en mode « Eh regardez les fans vous la reconnaissez c’est l’infirmière qui avait cinq lignes à réciter dans l’original ! C’est chouette hein comme référence ? » pour qu’ils se fassent pour la plupart dézinguer lors de joutes jouées d’avance. Le slasher a toujours eu un côté régressif assumé mais là on touche le fond de l’abysse de la connerie.

[On notera tout de même un chouette générique d’introduction avec des citrouilles qui s’enflamment et une réalisation réussie à défaut d’avoir quelque chose d’intéressant à présenter.]

P.S.

Michael, comme tu as pu le lire ci-dessus je n’ai écrit que deux lignes positives sur tes dernières péripéties. Comment as-tu pu en arriver là ? J’ai une petite idée de comment tu pourrais t’améliorer et je voudrais te laisser sur cette note d’espoir. Et si à l’avenir tu redevenais le Mickey que j’aime ? Celui que ses camarades anglophones surnommaient The Shape et qui incarnait avec finesse le mal absolu, dans tout ce qu’il a d’impalpable et de fantastique, au sens surnaturel du terme.

Michel (j’utilise le prénom de la version française, c’est sérieux) je risque d’être dur mais si c’est pour enchaîner les bains de sang sans enjeu dramatique cohérent derrière alors ne penses-tu pas qu’il serait temps de raccrocher ? Oui je sais tu dois revenir, encore et encore c’est ton fonds de commerce. Après tout pourquoi te priver : Halloween Kills a fait exploser le box-office aux États-Unis. J’imagine que ce n’est qu’un au revoir donc. Je te quitte sur ce secret que tu dois promettre de garder entre nous : j’ai quand même passé un bon moment avec toi aujourd’hui, je l’avoue. Tu étais de loin mon personnage favori et tu as bien fait de trucider tous ces crétins.

À bientôt dans Halloween Ends.

Amicalement.

Ummagumma

Résident permanent dans la petite bourgade de Raccoon City et prosélyte du génial Rain World depuis 2017, on l'entend parfois jurer à pleins poumons lorsqu'il perd lamentablement face au singe de Sekiro à un poil de lemming près. En quête d'une 3080 depuis bientôt un an, le malheureux espère une réception de sa commande en 2022 : l'important c'est d'y croire ! Son TOC préféré ? Recenser dans un PDF tous les jeux auxquels il a joué dans sa vie.

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