Comme une louve a eu un passage discret par les salles de cinéma. Pourtant, le film de Caroline Glorion projeté en salles en septembre dernier vaut largement le coup d’œil. Sa toute récente sortie en format physique rend enfin le rattrapage possible. Bref, l’occasion idéale pour se jeter dans la gueule de la louve et parler de ce tout récent long-métrage…

Mère précaire

Lili (Mathilde La Musse), 26 ans, élève seule ses gosses dans des conditions plus que précaires. Une mécompréhension entourant les bleus au visage de l’un de ses enfants emballe une machine administrative qui lui enlèvera le droit de s’occuper de sa progéniture. Un sale coup pour la jeune femme, mais qui ne la mettra pas pour autant à terre : elle est bien décidée à tout faire pour les récupérer.

Caroline Glorion est surtout connue pour ses travaux en tant que documentariste et journaliste. Et si Comme une louve est son premier film de fiction, ce n’est pas pour autant qu’elle abandonnera entièrement sa veine documentaire, bien au contraire. En effet, le long-métrage en arbore tous ses oripeaux : scénario tiré d’une histoire vraie, filmage caméra à l’épaule collant à ses personnages, inscription dans un carcan social fort…

Et c’est sans doute le pan le plus intéressant de Comme une louve : brosser un portrait politique et social de la judiciarisation entourant les mesures de protection de l’enfance. Une machine administrative aveugle et sourde ? Pas vraiment… Plutôt une caste bourgeoise, peut-être bien trop humaine pour avoir la hauteur de vue qu’on voudrait lui imposer, et surtout pressée par un amoncellement d’affaires chronophages. Une critique d’une justice partiale, jugeant au faciès et peu disposée à prendre le temps, voilà en somme ce que pointe du doigt Comme une louve. Une critique en tout point similaire à celle déployée dans le récent livre de Joy Sorman : Le Témoin, qui offre ainsi au film un écho passionnant. Un bout de l’analyse de ce bouquin par le podcast La Gêne occasionnée est d’ailleurs à écouter ci-dessous…

Frictions de la fiction

Et si cette facette de l’œuvre dont il est question aujourd’hui passionne, son inscription dans la pure fiction (contrairement au bouquin de Sorman qui colle bien plus aux faits rencontrés par l’écrivaine squattant les salles des tribunaux, la fiction n’étant qu’un prétexte pour regrouper une multitude de fragments d’histoires) amène avec elle les différents checkpoints inhérents à l’ordre scénaristique : la création d’une tension entre les personnages, les ruptures/rapprochements qui en découlent, passage par les scènes obligées (violons lacrymaux, scène d’envolée rythmée par la musique, etc.), ajout de plusieurs surcouches narratives superflues…

Sandrine Bonnaire en intraitable agent des services sociaux.

Autre bémol, le jeu inégal des acteurs qu’on sent parfois perdus dans leurs répliques cinglantes souvent fleuries d’argot. La langue de la rue, si naturelle quand on l’entend, peine parfois à sortir, sonne faux, creux, et c’est d’autant plus dommage que le personnage qui s’en sort le mieux (la géniale Sarah Suco incarnant l’avocate) se trouve également être le personnage le plus artificiel du récit. Va-t-on réellement croiser ce genre d’avocate, motivée à ce point, lorsque l’on est perdue dans un tribunal et sans le sou ? Le doute est largement permis…

François Morel en juge débordé.

En somme, Comme une louve est passionnant par la lumière qu’il apporte sur le système judiciaire, bien moins pour sa peinture grossière et plutôt malhabile de son sujet. Peut-être trop manichéen, assurément trop ancré dans ses rouages scénaristiques, le long-métrage ne parvient pas à transcender son seul discours et finit par se perdre en chemin. Restent de beaux instants (notamment les échanges entre la mère et ses enfants), une Mathilde La Musse souvent éblouissante et l’envie de creuser un peu plus le sujet ô combien émotionnel et complexe qu’est la protection de l’enfance. Un film qui vaut le coup d’œil et dont le rattrapage est permis par une toute récente sortie sur support physique…

Fiche technique

DVD Zone B (France)
Éditeur : Blaq Out
Durée : 95 min
Date de sortie : 20 février 2024

Format vidéo : 576p/25 – 1.66
Bande-son : Français Dolby Digital 5.1 (et 2.0)
Sous-titres : Français

Comme une louve

Buvant les Stephen King comme la sirupeuse abricotine de mon pays natal, j’ai d’abord découvert le cinéma via ses (souvent mauvaises) adaptations. Épris de Mrs. Wilkes autant que d’un syndrome de Stockholm persistant, je m’ouvre peu à peu aux films de vidéoclub et aux poisseuses séries B. Aujourd’hui, j’erre entre mes cinémas préférés, les festivals de films et les bordures de lacs helvétiques bien moins calmes qu’ils en ont l’air.

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