17 January 2023. Awakening at the aurora to take the Thalys, direction Paris. The grey landscapes of the Sleeping Somme continue. Here I went to meet the filmmaker Michel Ocelot, after timidly addressing him during the winter holidays.

A dream awake

When I leave the train station, I take advantage of my advance to walk around the streets and refuse as long as possible to break into the city. The Parisians timidly started their days and walked on the sidewalks. The cars are on Lafayette Street. Sheltered in the entrance to a theatre, actresses warm their voices and enchant the surrounding area. Some bastards walk their dogs. Despite the gloves, the tip of my fingers shivers in front of the bite of the cold.

The three inventors (1980)

Arriving in front of the heavy door, my apprehension is at its peak. Fear of unknown. The names scroll on the bell. My questions are ready, I got my first answers, listened to several interviews he has already given, more or less recent. Finally displays in great capital letters « OCELOT ». Yet I have no idea what's going to happen when I walk past his apartment. No answer to my repeated bells. Attacked by the cold, I take refuge in a nearby church.

The tranquillity of the place moves and allows me to regain my feet. I am lost in the contemplation of stained glass windows and various chapels; I read everything that comes under my hand. Finally, my phone vibrates. On the other side of the handset, my host apologizes and indicates that he is waiting impatiently. I'm going back in great strides to the big cochère door. This time, it opens onto a small courtyard. Then on a flight of stairs that roll to the attic. Arriving upstairs, we open the door.

Kirikou
Kirikou and the Witch (1998)

Rarely, a fire crackles in the fireplace. My host, still confused about having kept waiting in the cold, stirred in all directions, appearing and disappearing at leisure from the living room where he sat. It's a warm room. The exposed beams give relief to the ceiling, large windows let in the sweet rays of the sun. Ambiance sfumato way « by Vinci ». In what seems like a last round trip, we bring me a carafe full of coffee, which I politely refuse. The time to prepare Broceliande tea, the formal interview is delayed by a few minutes. Until the mudwater, we get to know: the polishes are exchanged, the presentations are made. Finally, Michel Ocelot joins me, armed with one last surprise he poses on the coffee table: a tarta from Santiago. Its hospitality warms the grey winter Paris.

Kirikou and the Witch (1998)

Critical look at his latest film

It would be difficult to describe Mr. Ocelot's ways in a few words. At the same time confident of him and capable of a certain self-criticism, he can suddenly lose his gaze, dazzled like a child in front of the beauty of the Sun or remembering the many films he saw. Sometimes he hesitates, thinks at length before saying even one word. On other questions, he answers with opinions that are like truths that cannot be refused. He didn't answer everything, but tried to do the best he could. As we explore his vision of the world of animation, the techniques surrounding it, all interspersed with personal anecdotes and literary digressions, we naturally discuss his latest news, the release and reception of his latest film: LPharaoh, The Wild and The Princess.

Pharaoh, the Wild and the Princess (2022)

A film dissonant in its form (three means-films gathered to form a long one), which may have distracted more than one spectator. In his voice, I feel a note of disappointment, in the face of the relative hermetility of the public in the face of this meeting of tales. A reception that is not shared by distributors, for which the film was able to find an audience beyond their expectations by accumulating more than 600,000 admissions...

Kirikou and the Witch (1998)

Yet, there are three very different stories that enlighten each one in their own way one of the facets of this great storyteller and clearly show the work of an accomplished author. « Pharaoh! » exhales the love of Ocelot, the great civilizations of our past and these suspicions of mysticism that can spice up a story, but also its rigor and respect for history. For this film, an important research work was done upstream with the help of Vincent Rondot, the director of the department of Egyptian antiques of the Louvre. « The Great Wild », for his part, uses the black silhouette, one of his flagship techniques and now inseparable from his filmography. « Princess of the Roses and Prince of the Beignets » carries with it its continuing desire to explore the new terrains that technology offers to animation. Here are three of the many facets by which Michel Ocelot reveals himself and reveals his entire personality as an author.

A film, for which, at the time of the interview, he was preparing to direct the Italian dubbing. An opportunity to explain the difficulties of adaptation. What he calls the search for « synchronous » and « Just ». Finding the balance between natural expressions and original dialogues. A work that turns out to be simpler for the director, when it comes to Italian (which he masteres in the main lines), but for which he must leave the reins with more exotic languages. And this, despite his pleasure in the task.

Kirikou and Wild Animals (2005)

The Kirikou Revolution

Si nous avons abordé d’autres contrées au fil de notre discussion, c’est très rapidement celle de Kirikou qui s’est imposé comme un passage obligé. Devenu aujourd’hui un jalon de l’histoire de l’animation française, nous avons parlé ensemble de ce que Kirikou et la Sorcière, le premier film de la trilogie, sorti en 1998, a pu changer à l’époque… Et c’est même tout un monde qu’il a réussi à révolutionner ! On peut réellement parler d’un « avant » et d’un « après » Kirikou. Pour des raisons industrielles tout d’abord. La sortie de ce film a modifié en profondeur le fonctionnement de l’animation en France.

Comme aime à le rappeler Michel Ocelot, l’animation française est peu présente au cinéma tout au long du XXe siècle. Seuls de rares films sortent, comme Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault (1980) ou La Planète Sauvage de René Laloux (1973), qui restent de l’ordre de l’exception. Sous l’impulsion du gouvernement français, l’animation n’est développée que dans un seul domaine : celui de la série télévisée. Un univers qui n’intéresse pas Ocelot et qui s’y refuse à travailler, malgré les offres d’emploi qu’on a pu lui soumettre.

Princes et Princesses (2000)

A plusieurs reprises au cours de l’entrevue, il a su réaffirmer sa force de caractère et sa volonté : celle de ne faire que ce qui lui plaît, et ce, malgré les conséquences. Kirikou et la Sorcière ébranle à sa sortie cet ordre établi. Des quelques milliers d’entrées attendues, le film finira par dépasser le cap symbolique du million. Aux yeux de son réalisateur, il est un véritable électrochoc qui inscrit dans le marbre international la capacité de l’animation française à produire des succès critiques, humains et commerciaux.

Succès doublement commercial même, car la sortie du film s’inscrit aussi dans l’âge d’or de la vidéo. Les ventes des vidéos du premier volet des aventures de Kirikou dépassent celles des films américains du moment. Si Kirikou peut être considéré comme un coup de poker qui a rapporté gros, il ne faut pas oublier qu’il y a derrière les recettes, un succès critique, mais avant tout humain. C’est d’ailleurs de cela dont Michel Ocelot parle avec le plus d’émotions. L’inattendu derrière cette grande aventure humaine.

Il le définit lui-même, non pas comme du succès, de l’adoration ou du fanatisme, mais bien de l’Amour. Celui que lui portent toutes ces personnes qui ont vu ses films. En entendant ces mots, on ne peut qu’imaginer l’effusion des larmes de bonheur, les voix qui s’étranglent, les mots bloqués au fond de la gorge, l’émotion à fleur de peau de tous ces admirateurs. A l’entendre, cet Amour me semble avoir une valeur bien plus précieuse à ses yeux que tout le reste.

Princes et Princesses (2000)

C’est la satisfaction d’un conteur d’avoir su bercer toute une génération. Alors qu’il continue à me parler de ce tout, je vois des images nettes et bien réelles défiler au fond de son regard. Et ce, sans partager une quelconque anecdote. C’est aussi là toute l’humilité d’un artiste qui ne se met pas en avant. Qui m’a simplement accueilli, chaussé confortablement et vêtu d’un pull-over casanier.

L'histoire : clé de voûte du cinéma

Alors que le thé se boit à petites gorgées brûlantes et que le gâteau se déguste sans en perdre une miette, nous prenons du recul et abordons l’animation dans son ensemble. Des aspects qui différencient ou non le film d’animation de la prise de vues réelles. Cependant, notre discussion divague et nous nous retrouvons à parler des fameuses silhouettes noires, devenues malgré lui l’une de ses marques de fabrique. Pour expliquer ce qui le fascine avec ces silhouettes, il prend l’exemple d’un chien. Pour l’animal, elles ne sont rien. De simples formes vides de substance. Alors que chez un humain, le cerveau crée l’intensité émotionnelle par sa puissance d’imagination. Vient là la mention d’un organe important pour le réalisateur, qu’il cite à plusieurs reprises tout au long de l’entretien.

Il est pour lui le centre de l’imagination et de la création. Là où se crée et se forme les plus belles histoires. L’histoire est pour lui la clef de voûte du cinéma ; l’ingrédient essentiel qui peut déterminer à lui seul si un film est bon ou mauvais. Ce qui n’est pas une surprise, lorsque je regarde à nouveau derrière lui les étagères débordant de recueils de contes, de pièces de théâtre et autres romans. Des livres qui l’animent et lui fournissent les ingrédients pour ses propres récits.

Azur et Asmar (2006)

Nous repartons finalement là où nous nous étions perdus, dans les disparités qui existent entre animation et prises de vues réelles. Disparités que nous ne trouverons jamais : pour Ocelot, l’animation ne diffère pas tant de la prise de vues réelles. Si une certaine liberté peut se ressentir face à la planche à dessin, le sentiment de pouvoir tout dessiner sans contraintes rappelle que les limites résident en chacun de nous. Ces mêmes risques peuvent et doivent être pris avec la prise de vues réelles. Il prend l’exemple ambivalent de Picasso. Le peintre le fascine, car sa force de volonté lui a permis de violer toutes les règles d’un autre côté, il le trouve malhonnête, car il s’est enfermé dans son ouvrage, là où il avait cassé toutes les barrières et n’a jamais repris ce qu’Ocelot appelle le chemin de la beauté…

Azur et Asmar (2006)

Un réalisateur entre ombres et de lumières

Si la liberté est supposément plus grande dans l’animation, il tient à rappeler la grande force de la prise de vues réelles : la possibilité de modeler la lumière à loisir. Une vraie passion se libère lorsqu’il évoque le sujet. Ses différentes caractéristiques, ses différents aspects : si Ocelot avait été un autre réalisateur, il aurait été un réalisateur de la lumière. Une idée que l’on retrouve dans son unique court-métrage non-animé : Pablo Paris Satie. Le corps et la chorégraphie du danseur Pablo Legasa ne semblent y être qu’un réceptacle pour capturer et magnifier les rayons rasants du soleil.

A demi-mot, Ocelot me confie que s’il devait travailler la lumière, il devrait recommencer petit. En réalisant des courts et des moyens-métrages. Il ne sait pas s’il aurait le temps de réapprendre toute une grammaire du cinéma. Son esprit semble déjà bouillonner de tant d’histoires qui n’attendent que d’être dessinées… Tant de choix, de possibilités à aborder.

Pablo Paris Satie (2020)
Pablo Paris Satie (2020)

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il ne fera jamais deux fois la même chose. Alors que l’entretien s’offrait un nouveau détour au sujet du récent remake de West Side Story par S. Spielberg, M. Ocelot me pose la question suivante : alors que la première version de 1961 est si réussie, comment peut-on s’atteler à reproduire le film de R. Wise ? L’idée n’aurait même pas pu lui effleurer l’esprit. Si je me permets de jouer l’avocat improvisé, parlant tour à tour d’hommage et de lettres d’amour du cinéaste, il me répond sèchement sur sa vision de l’Amour, presque cardinale. Celle d’une émotion qui le pousse à ne pas revoir les films, car il cherche farouchement à maintenir l’émerveillement originel. Celui de la première fois, lorsqu’il s’est installé au fond de ce fauteuil et a vu les images s’animer devant lui.

S’il concède toutefois qu’un second visionnage peut être aussi bon, quoique moins impactant, il se refuse à plus. Il n’est ni un bon client, ni un consommateur, mais bien un spectateur, cherchant toujours à surpasser ses découvertes précédentes. Revoir inlassablement les mêmes films relèverait de la mesquinerie.

Stéréo-escroquerie ?

Au milieu de ces réflexions théoriques, une technologie particulière est revenue à chaque fois, parasitant tous les autres sujets. Il l’abhorre et, selon son opinion, elle ne semble pas avoir d’avenir au cinéma, malgré ces retours incessants ces dernières années : la stéréoscopie. Une technologie qu’il ne critique pas sans la connaître, l’ayant lui-même utilisé à l’occasion de son long métrage Les Contes de la Nuit, l’une de ses anthologies animées à l’aide de ses traditionnelles silhouettes noires.

Les contes de la nuit (2011)

Au premier abord, elle lui a même plu et séduit, avec tout ce qu’elle promettait. Il raconte avoir pris du plaisir à penser l’un de ses contes en stéréoscopie ; avoir été ébahi en en faisant l’expérience dans une cité des sciences. C’est à l’occasion d’une ressortie cinéma de plusieurs de ces précédents contes, pour lesquels un traitement stéréoscopique a été appliqué sur certains éléments, qu’il change radicalement d’opinion. Un ajout inutile, digne d’une escroquerie. Et, pour cause, l’effet désiré ne fonctionne pas. Le fonctionnement de la stéréoscopie résiderait dans la lenteur, car les mouvements rapides ne laissent pas le temps au cerveau d’assimiler les informations en relief.

Ce sont donc bien les promesses d’utilisation de la technologie comme mécanique de grand spectacle qu’il semble pointer du doigt. Car la vitesse inhérente à ce genre de films est à contrepoint de cette 3D. Et lorsque le mouvement stéréoscopique est suffisamment lent pour que le procédé fonctionne, M. Ocelot le considère de toute manière limité par le tour de l’écran. Une limite physique qui définit pour lui l’univers du film et que le spectateur voit constamment. Il est alors ridicule pour le film stéréoscopique d’essayer de s’affranchir des limites de la profondeur, alors qu’il reste inéluctablement emmuré sur sa hauteur et sa largeur.

Ivan Tsarévitch et la Princesse Changeante (2016)

La stéréoscopie n’est pas faite pour le monde du cinéma, mais selon lui, a bien plus sa place dans une attraction de foire. Avec humour, il ajoute qu’en 2009, une pub de confiseries précédant le premier volet d’Avatar a bien plus marqué les esprits pour sa stéréoscopie que le film lui-même

Limitée dans son usage, la stéréoscopie n’a pas la liberté à laquelle Ocelot semble avoir toujours été attaché. A plusieurs reprises, il évoque succinctement la misère qu’il a pu vivre avant le succès de Kirikou, refusant de se forcer à travailler sur des projets qui ne l’intéressaient pas. Il a bravé la faim et l’isolement campagnard pour animer ce qu’il voulait, comme il le voulait. Il le dit lui-même, il lui manque une qualité : savoir se vendre. Une manière de vivre qui lui complique chaque fois la recherche de financements. A ce propos, il refuse même d’envisager de faire un film produit par une plateforme étasunienne de SVOD. Leur goût des directives forcées, il ne veut même pas en entendre parler.

Ivan Tsarévitch et la Princesse Changeante (2016)

Une œuvre confrontée au puritanisme anglo-saxon

De plus, il sait que son univers n’est pas approuvé par tous. Si ces films reçoivent de bons échos lors des projections dans les pays anglo-saxons, celles-ci se font rares. Il est par exemple impossible d’envisager une diffusion de Kirikou sur les canaux de la BBC. Le zizi du petit garçon et les seins des villageoises, ça ne passe pas. Un monde anglophone qui, pour lui, peine à imaginer un auteur qui ne parle pas anglais. Un monde qui a eu besoin d’un film comme Kirikou pour avoir le déclic du protagoniste noir. Il en est convaincu. Si avant, ils ont pu avoir l’idée, ils ne l’avaient jamais mise en pratique.

Après de maints détours, après avoir abordé le sujet sous de nombreux aspects, nous revoilà face au sujet principal de la discussion qui nous a animés : le statut actuel de l’animation. Kirikou a bien tout changé à une époque, mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Dilili à Paris (2018)

Ici, Michel Ocelot offre une analogie avec la perception du grand public de l’univers de la bande dessinée. Si le IXe art a longtemps été vu comme réservé à la production jeunesse, il a fini par recevoir ses lettres de noblesse. A obtenir la reconnaissance d’un média exigeant et qui peut s’adresser à des publics plus avertis. L’animation prend ce chemin, mais plus lentement. Pour lui, le plus grand obstacle reste encore et toujours les financements. Les ressources et le nombre de personnes nécessaires à la réalisation d’un film en animation sont bien plus conséquents que pour un récit en cases. Tout le talent du monde reste alors pieds et poings liés, tant que les fonds n’ont pas été débloqués.

Ce qui est cependant certain pour Michel Ocelot, c’est que le nouveau statut de l’animation n’est pas éphémère, mais dévoile bien une évolution dans sa représentation. L’animation est désormais à la mode, et elle le restera.

Dilili à Paris (2018)

Cette discussion arrive à sa fin. Désormais, les musées parisiens m’attendent. Sur le pas de la porte, nous nous promettons chacun de lire ces livres qui nous ont personnellement forgés. De nous donner des nouvelles. Tout excité d’avoir franchi un cap, d’avoir fait quelque chose de nouveau, je me précipite dans les escaliers. Le froid picote instantanément mon visage et se mêle à mon adrénaline. Quelques minutes plus tard, je ressors d’une librairie, la trilogie théâtrale de Beaumarchais entre les mains.

Still small fret in the ocean of cinema, I swim between the classics and the latest novelties. Sometimes armed with a pencil, sometimes with a camera, I observe and learn big fish, ancient coelacanth bicolor, great white oscarized shark and thousands of sardines so well preserved.

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KillerS7ven
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2 years

Merci encore pour ta contribution, ça m’a donné envie de (re)plonger dans son œuvre !

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[…] Wars (voir notre critique et interview) et il a signé des films avec Michel Ocelot (lire notre interview). Avec seulement une vingtaine de séquences, Flow opte pour l’animation continue plutôt que la […]

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