• Testé sur PS5.
  • Code transmis par l’éditeur.
  •  Environ 30 heures au compteur.
  • Captures maison.

Action-RPG développé et édité par Bandai Namco en 2019, Code Vein n’était pas exempt de défauts. Inspiré par la vague de Souls-like qui déferle sans relâche depuis des années, le jeu bénéficiait d’un style visuel singulier, influencé par l’animation japonaise. Le titre avait aussi un gameplay plutôt satisfaisant où la liberté des approches était appréciable. Une recette imparfaite, mais suffisamment solide pour atteindre plus de trois millions d’exemplaires distribués. Dans ce contexte, on pouvait s’attendre à une suite directe, une version enrichie de l’expérience originale, comme c’est souvent le cas pour ce type de licence. Il n’en fut rien. Bandai Namco a préféré opter pour une forme de reboot avec Code Vein II. Un opus qui s’ouvre sur un monde ouvert afin d’affirmer son ambition : se mesurer à une concurrence désormais féroce dans le genre.

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Puiser ses références esthétiques dans l’animation n’est pas nouveau pour Bandai Namco. La firme japonaise s’est constitué une solide réputation sur ce terrain en adaptant les mangas les plus populaires, mais pas seulement comme en témoigne Scarlet Nexus ou encore notre sujet du jour, la licence Code Vein. En 2019, lors de la sortie du premier opus, l’expérience profitait d’un level design linéaire avec des espaces étriqués. Le nouvel épisode choisit au contraire de s’étendre en proposant un monde ouvert, qu’il conviendra d’explorer à travers différentes temporalités. Le récit, rappelant celui du précédent jeu, nous invite à voyager dans le temps afin de sauver le monde ainsi que nos futurs potentiels coéquipiers.

Le premier contact avec Code Vein II se révèle lourd et assommant. Après s’être amusé une vingtaine de minutes avec le généreux outil de création de personnage, on est assailli d’entrée avec une tonne d’informations. Rien n’est dilué et l’on se noie devant les interminables explications censées éclairer sur la richesse du gameplay. Cependant, cela ne fait que s’ajouter à notre charge cognitive déjà trop sollicitée, en plus de complexifier un gameplay qui ne l’est pas tant que cela. Ce que l’on comprendra qu’après quelques heures. Au milieu de tout ceci, le jeu tente de poser son récit dans des tunnels de dialogues peu engageants.

Les ambitions narratives sont là et des cinématiques viendront plusieurs fois ponctuer l’aventure afin que l’intrigue principale puisse avancer. L’idée de voyager à travers les temporalités, et ainsi redécouvrir le monde de Code Vein II à différentes époques, séduit sur le papier. Malheureusement, dans les faits, c’est décevant. En effet le sel de l’histoire n’est pas l’histoire principale. Notre héros — ou héroïne, dans notre cas — n’est guère plus qu’une coquille vide dont la quête nous importera peu. Non, le souffle de vie dans l’écriture de Code Vein II se cache dans ses personnages secondaires. Les revenants sont les véritables protagonistes de cet univers.

Code Vein II

Sans surprise, la narration est un échec. Raconter une histoire aussi dense et généreuse dans un monde ouvert reste une entreprise périlleuse. C’est difficile de ne pas briser le rythme narratif, ni l’engagement des joueurs. L’important c’est le voyage, ce qui vaut pour le jeu de Bandai Namco. Ainsi, les revenants croisés sont moins manichéens qu’on aurait pu le croire. Ces derniers sont des guerriers et guerrières qui ont dû sacrifier beaucoup pour le bien de tous, allant jusqu’à renier leurs croyances morales pour survivre. Les sujets sont parfois durs et ils se nourrissent de traumas de chacun dans un contexte militaire marqué. 

Dissapear Completly

Code Vein II se devait de mettre en lumière ses paroles, ses personnages et il le fait. Néanmoins, difficile d’être convaincu par la démarche compte tenue du manque d’ambition affichée lors de ses séquences. En général, la profondeur narrative d’un revenant se dévoile lors de flashbacks qui ne sont rien de plus que des séquences ennuyantes de marche. Peu importe le personnage impliqué, il s’agira toujours de vivre la même séquence peu inspirée, avec la même musique larmoyante pour souligner grossièrement l’émotion que l’on est censé ressentir. C’est peu ou proue ce que l’on retrouvait dans Valkyrie Elysium, un autre soft qui méritait mieux sur le plan narratif.

Tout ce qui fait le charme de ces revenants, finalement plus profonds qu’en apparence, s’évapore face à cette narration insipide. Et ce ne sont pas les cinématiques à la mise en scène bancale qui élèveront le niveau. C’est bien dommage, car Code Vein II nous donne la liberté de gérer le destin de ces personnages à notre bon vouloir, en fonction de nos affinités et/ou de leurs compétences. Nos décisions impacteront le récit et ouvriront la voie à plusieurs fins différentes. Rien de bien gratifiant, selon nous, surtout qu’il y a fort à parier que nombreux seront les joueurs et les joueuses à abandonner avant la séquence finale. Ou, tout simplement, qui n’auront plus aucune envie de connaître le fin mot d’une histoire oubliable et trop prévisible.

Code Vein II

Bandai Namco se serait-il perdu face à ses propres ambitions ? C’est fort possible. C’est notre conviction après plusieurs dizaines d’heures de jeu. Le monde ouvert accuse d’une ambition aveugle et peu pertinente. Composer avec des moyens humains et financiers restreints est une chose ; cela n’a pourtant jamais défini la qualité d’un jeu. De nombreux studios développent des oeuvres estimées et solides dans leur game design, malgré le manque de ressources. Le choix du monde ouvert apparaît ici comme un excès prématuré pour la licence. FromSoftware a raffiné sa formule au fil des années, un jeu après l’autre, avant de s’attaquer au monument Elden Ring. Code Vein II, à l’instar de son aîné, accumule des errances techniques qu’il eût été préférable de corriger avant de viser plus haut.

Code Vein II

Le framerate vacille souvent en plein combat, allant jusqu’à faire ramer les cinématiques. Des problèmes de finition et de précision qui portent préjudice et qui, par ailleurs, étaient déjà présents en 2019. Bestiaire trop limité, graphismes dépassés, il n’y a pas grand-chose qui fonctionne sans accroc. Et il ne fait aucun doute que le monde ouvert n’a pas aidé, bien au contraire. Tout n’est pas à jeter dans ce dernier, mais les bénéfices paraissent moindres en comparaison des dommages causés. Code Vein II est constamment maladroit, sa finition est douteuse et l’on peine à saisir la logique de son game design.

Code Vein Die Twice

Compte tenu des défauts du premier épisode, il aurait été plus sage de réduire le scope afin de solidifier la proposition initiale. Quand bien même Bandai Namco considère le jeu comme un succès au regard des millions de copies distribuées, la proposition était déjà malade. En dépit de tous ces problèmes, qui sont autant de caillots sanguins qui obstruent les artères de Code Vein II, le studio parvient à remettre à l’honneur le gameplay très sympathique de son aîné. S’il s’agit d’un action-RPG en apparence rudimentaire, le titre tire son épingle du jeu grâce à la liberté offerte par la confection de builds. Les armes restent sommaires avec leur lot d’épées courtes et longues, de haches ou de baïonnettes pour mixer corps-à-corps et combat à distance.

Code Vein II

Chaque arme et chaque équipement dispose de ses propres statistiques et effets. En outre, le soft embarque un système de codes sanguins qui modifient les talents d’un revenant et altèrent nos statistiques. Les revenants contrôlés par l’IA pourront nous accompagner durant notre aventure et l’on pourra en changer à la volée pour varier les plaisirs. Le gameplay s’articule aussi autour du sang et de l’ichor que l’on pourra drainer aux ennemis pour réaliser des attaques puissantes. Nos compagnons, et donc leur code sanguin, s’amélioreront à force d’être utilisés et débloqueront des compétences et effets spécifiques. L’intelligence artificielle s’avère globalement convaincante et rend nos alliés réellement utiles au combat.

On peut combattre à deux ou seul si l’on absorbe notre partenaire. Le petit plus, c’est qu’un revenant finit toujours par réapparaître même quand sa santé tombe à zéro : il suffit d’attendre la fin d’un cooldown. Tant qu’un revenant est en vie, sur le terrain ou absorbé, il est capable de nous ressusciter. La mécanique est redoutable. Le gameplay va plus loin avec des effets élémentaires et divers effets passifs assortis de conditions qu’il faudra lire et relire. Dans les faits, une lecture en diagonale suffit pour saisir l’essentiel. Code Vein II invite à expérimenter les builds et à s’adapter aux situations.

C’était visible en 2019 et ça continue de l’être en 2026 avec Code Vein II. Le système de combat de la licence est prometteur. Oui, prometteur. Il ne peut prétendre à mieux en l’état, puisque le jeu se sabote lui-même. Les armes manquent de variété. Si ce n’est dans leurs compétences spéciales, le bestiaire peine à se renouveler et les soucis techniques rendent les confrontations frustrantes. Les problèmes techniques qui parsèment le jeu s’apparentent à de minuscules tumeurs. Des tumeurs qui se multiplient, puis grossissent pour finir par endommager l’œuvre. Or, le gameplay est l’atout de la licence. C’est le cœur qui bat et maintient l’expérience en vie.

Autant en emporte le sang

La caméra problématique du premier volet l’est peut-être moins ; les feedbacks en combat sont probablement meilleurs dans ce nouvel opus. En revanche, on espérait retrouver une meilleure finition. Les sons qui disparaissent viennent nous rappeler que Bandai Namco s’est montré avare sur la révision, ainsi que sur la partie musicale qui méritait mieux. On ne compte plus les errances techniques : hurtbox imprécises, absence de frames d’invulnérabilité même lorsque l’on ressuscite, inputs qui ne sortent pas… Combien de fois avons-nous perdu à cause de coups qui ne touchaient pas alors qu’ils auraient dû ? À cause de ces boss qui sont capables de spammer des attaques aux hitbox elles aussi discutables ? Rarement nous nous sommes sentis aussi injustement punis dans un jeu du genre.

La quasi-totalité des combats, même contre des ennemis basiques, sont affectés par des problèmes techniques. C’est frustrant, décourageant aussi, a fortiori quand le gameplay présente des qualités évidentes. Il y a une vraie richesse dans ce système de combat plus amusant et profond que dans nombre de Souls-like émérites. Si les studios s’étaient concentrés sur le perfectionnement de leur gameplay et avaient bâti le game design autour, Code Vein II serait plus convaincant. Il n’y a même plus de coopération comme dans le premier volet, facteur non négligeable dans son succès, selon nous. Bandai Namco a, semble-t-il, préféré singer les cadors du genre. La monture devient ici une moto stylisée et incapable de se mouvoir correctement dans un monde en ruine.

Elle se matérialise d’un claquement de doigt, elle a de l’allure et l’on peut foncer sur un ennemi avec. Qu’est-ce que ça fait ici, par contre ? On se le demande. La cohérence du monde n’était pas une priorité pour le studio. Nous en voulons pour preuve la direction artistique dissonante à bien des égards. L’ambiance sonore marque par sa discrétion, tandis que la partie visuelle souffle le chaud et le froid. Le character design dans Code Vein II conserve un certain charme, en partie grâce à cette influence assumée de l’animation japonaise et à quelques designs réussis. Néanmoins, les proportions anatomiques paraissent souvent étranges et peu cohérentes.

Sans doute parce que, dans le cas de la licence, autant les physiques atypiques que les couleurs chatoyantes contrastent avec les environnements. Un contraste gênant. En intérieur ou à l’extérieur règne une austérité, une fadeur qui convoque davantage le réalisme que l’animation japonaise. Par ailleurs, le design des personnages ne raconte pas grand-chose, au même titre que les décors. Les doublages font de leur mieux pour dynamiser l’ensemble, mais le ressenti reste inchangé du début à la fin : Code Vein II manque cruellement de caractère, de saveur aussi. Bandai Namco fait des efforts mais semble manquer de recul sur ses propres limites et sur celles de ses équipes créatives.

Code Vein II aurait gagné à préserver la formule plus linéaire du premier opus, ainsi que sa composante coopérative entre joueurs. Rien n’empêchait d’ouvrir davantage les zones sans pour autant suivre bêtement la formule du monde ouvert. Parce que, visiblement, les équipes n’étaient pas en mesure d’honorer leurs ambitions ludiques et narratives. Et puis, il y a les problèmes techniques. Ils s'accumulent au fil des heures et desservent l'expérience. Au point que les qualités du gameplay ne suffisent plus à nous faire apprécier l'aventure. Cependant, le soft trouvera peut-être grâce aux yeux des joueurs moins habitués au genre.

Pour
  • Personnalisation des personnage variée
  • Gameplay plaisant
  • La variété des builds possibles
  • DA charmante
  • IA alliées utiles et précieuses en combat
  • Personnages secondaires plus riches qu'il n'y paraissent
  • Exploration récompensée
Contre
  • Graphismes datés
  • Des idées de game design mal exploitées
  • Manque d'épaisseur et de caractère
  • Trop ambitieux pour son propre bien
  • Bestiaire limité, environnements fades
  • Florilège de soucis techniques qui ternissent l'expérience
  • Menus indigestes
  • Intrigue principale inintéressante
  • Narration bancale

Scribe ninja échappé de l’île de Shang Tsung et vivant maintenant sous perfusion de films, il est possible de m'apercevoir sur le dos de Falkor alors que je parcours les mondes imaginaires en quête d’une catharsis ou d’une inspiration. On dit de moi que je suis constamment guidé par les valeurs martiales héritées de ma jeunesse dans le Jiang hu.

 

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