Est-ce réellement nécessaire de présenter Jun’ichi Hayama ? Pour tous ceux qui s’intéressent quelque peu à l’animation japonaise, ce nom a forcément quelque chose de familier. Pour les autres qui ne le connaissent pas encore, sachez que l’homme est un acteur incontournable de l’industrie de l’anime depuis des décennies. Un taulier comme on dit, formé par les meilleurs et ayant formé les meilleurs.

L’œuvre de Jun'ichi Hayama

Né en 1955 dans la région de Nagano, d’abord désireux d’embrasser la carrière de mangaka, ce sont ces talents hors normes de dessinateur qui l’amène à faire ses premiers pas dans l’animation. Rares sont ceux n’ayant pas déjà vu un anime dans lequel le nom de Hayama-san figure dans les crédits. Transformers, G.I Joe… c’est toutefois la licence Hokuto no Ken, adaptée en série animé par la Toei en 1984, ainsi que sa rencontre avec le génial et regretté Masami Suda, qui lance véritablement sa carrière. 

Depuis, son nom fut associé à une quantité astronomique de productions cultes et incontournables : Candy (1989), Rokudenashi Blues (1992), Sailor Moon (1993), Berserk (1998), Kenshin le Vagabond (1999), Jojo’s Bizarre Adventures (1993-2002), Fullmetal Alchemist (2003), Paranoia Agent (2004), Afro Samurai (2009)… et la liste est encore longue. Son dernier projet en date, Tekken Bloodline, pour lequel il fait office de directeur de l’action, vient de paraître sur la plateforme Netflix.

C’est à l’occasion de la Japan Expo, en juillet 2022, que nous avons eu l’honneur de rencontrer et questionner le Sensei. Affable, humble et capable de mettre ses visiteurs à l’aise, Hayama-san a répondu à nos questions sur un sujet nous tenant particulièrement à cœur : son travail et sa relation avec l’œuvre culte de Tetsuo hara et Buronson, Hokuto no Ken.

Interview à la Japan Expo 2022

Paul Gaussem : Aprés avoir été intervalliste sur le show Hokuto no Ken en 1985, vous êtes passé à la direction de l’animation sur un épisode en 1987. Quelles ont été les attentes et les demandes des réalisateurs Johei Matsuura et Toyoo Ashida ?

Je n'avais que 19 ans à l'époque. J'étais vraiment novice ! Je me contentais de travailler le plus et le mieux possible. Je ne pense pas que M. Matsuura et M. Asida, vu mon niveau, avaient des attentes particulières me concernant... à part que je donne le meilleur de moi même. J'ai eu l'occasion de travailler plusieurs fois avec Johei Matsuura après être devenu directeur de l'animation. La première fois que j'ai occupé ce poste, c'était sous sa direction. À ce niveau de responsabilité, Matsuura-san me demandait des choses vraiment détaillées. Il était très exigeant et méticuleux et m'a rendu la vie dure !

Paul Gaussem : Masami Suda a souvent dit que le style de Tetsuo Hara, avec ses personnages très musculeux, avait été très difficile à adapter en version animée. Faites-vous la même constatation et pouvez vous nous donner vos impressions sur cette question ? Pouvez-vous aussi nous parler de votre relation et votre travail avec Masami Suda ?

Je suis complètement en accord avec lui. Surtout à l'époque, il fut très compliqué d'animer Hokuto no Ken en respectant le style de Hara avec tous ses détails. J'étais un grand admirateur de Suda-san et je l'ai rencontré pour la première fois à l'occasion de Hokuto no Ken. Je me souviendrai toujours quand je l'ai vu pour la première fois en entrant dans la salle de travail. Je le considérerai à jamais comme mon maitre.

Paul Gaussem : Lors de Hokuto no Ken 2 , vous avez occupé le poste de directeur de l’animation sur six épisodes et avez travaillé avec Johei Matsuura et Hiromichi Matano à la réalisation. Avez-vous noté des différences d’approche et de vision entre ces deux réalisateurs ? Leurs demandes variaient-elles ou cela ne faisait pas réellement de différence pour vous ?

Comme je l'ai dit, Matsuura-san était vraiment focalisé sur les détails, essentiellement techniques. Quant à Matano-san, il était davantage attaché au développement des personnages, à la représentation de leurs émotions et sentiments. Les deux réalisateurs ont vraiment des approches différentes .

Paul Gaussem : Quelles sont les grandes différences dans les modes de production de la série Hokuto no ken et du film de 1986 ? En tant qu’animateur clé , avez vous senti une hausse des exigences pour le film ?

Concernant la série, les dessins sont très détaillés mais le travail de Suda-san m'a grandement facilité la tâche. Pour le film, le niveau de détails et d’exigence a véritablement augmenté. Mon travail préalable sur la série m'a fortement aidé mais lorsque j'ai lu le cahier des charges du film de 1986 je me suis dit : « ah oui quand même ! » (rires)

Paul Gaussem : Pour la série d’OAV des années 2000, que ce soit Shin Hokuto no Ken ou les films Rao den ou Toki den, les techniques de production et de réalisation avaient fortement évolué depuis les années 80. Pouvez vous nous expliquer les grandes différences à ce niveau entre travailler sur Hokuto no Ken dans les années 80 et les années 2000 ?

Je ne pourrais pas vraiment dire si il y a eu une évolution au niveau du travail car j'avais la passion et la connaissance, et donc l'expertise, de Hokuto no Ken depuis les années 80. Je n’ai pas perçu une réelle différence. C’était simplement la continuité de mon travail sur cette licence.

Paul Gaussem : Vous avez été animateur clé sur Berserk en 1998 et chara-designer sur Jojo no kymyo na boken en 1993 et en 2013. Hors, Kentaro Miura et Horohiko Araki ont tous deux été fortement influencé par le travail de Tetuso Hara. L’avez-vous ressenti en travaillant sur leurs œuvres ?

Miura-san a travaillé avec Hara-san et était son disciple (NDR : Ayant connaissance du travail de Kentaro Miura avec Buronson, nous ne savons pas précisément à quoi Hayama-san fait allusion. Toute information sur la collaboration entre Kentaro Miura et Tetsuo Hara est évidemment la bienvenue). J'ai bien entendu particulièrement ressenti cette influence en travaillant sur Berserk. Quant à Haraki-san, ses influences sont très variées et l'on remarque assez facilement que Hara-san ne l'a pas laissé indiffèrent.

Paul Gaussem : Pour les OAV des années 2000, Toyoo Ashida a laissé place à Toshiki Hirano, Konub Shizuno et Takashi Watanabe et Takashi Watabe ? Pouvez-vous brièvement nous expliquer les spécificités de ces différents réalisateurs ?

Shin Hokuto no Ken en tant qu'OAV était un peu différent de l'oeuvre originale. J'ai donc considéré mon travail sur cette série comme quelque chose de distinct du reste de la licence.

Paul Gaussem : Sur Toki den en 2008, vous avez occupé le poste de directeur de l’animation. Pouvez vous nous expliquez en quoi consistait votre travail et quelle a été votre vision pour mener à bien ce projet ?

J'avais déjà acquis beaucoup d'expérience au moment de Toki den. Ce qui était important pour moi était de respecter l'oeuvre originale mais surtout de produire quelque chose de très beau et marquant visuellement. Ce sont les deux points fondamentaux qui ont guidé mon travail sur ce projet.

Paul Gaussem : Le niveau de violence graphique entre les productions des années 80 et celles des années 2000 a fortement augmenté. Comment expliquez-vous cela ?

La tolérance envers la violence dans les années 80 était effectivement limitée. Par exemple, pour représenter le sang, on utilisait du noir et très peu de rouge. On nous a d'ailleurs fait des remontrances concernant la vision explicite des organes qui explosent après les coups de Kenshirô. Nous avons alors fait en sorte que cela se voit beaucoup moins.

Paul Gaussem : Hokuto no Ken va fêter ses quarante ans. Vous qui avez passé de nombreuses années à travailler sur la licence et cela en occupant différents postes, quel est votre relation personnelle à l’œuvre de Tetsuo Hara ? Souhaiteriez-vous travailler à nouveau sur la saga ?

Très franchement, j'adorerais cela (rires) !

Pour finir cet entretien et ce, sans que je lui demande quoi que ce soit, Hayama-san a pris une feuille de papier (celle où figuraient mes questions pour l’interview) et un stylo et, en l’espace de quelques secondes, a dessiné un Kenshirô somptueux pour me l’offrir.

 

Merci et chapeau Sensei !

En grand écart comme Jean-Claude entre l'Asie et l'Amérique, j'aime autant me balader sur les hauteurs du Mont Wu-Tang que dans un saloon du Nevada, en faisant la plupart du temps un détour dans les ruelles sombres d'un Tokyo futuriste.

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BennJ
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26 jours il y a

Je ne sais pas pourquoi mais je sens que ce dessin va finir sous verre et encadré ^^ Merci pour l’interview 🙂

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